L’AVIS DU LIBRAIRE
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Rarissime et formidable envoi au résistant communiste Claude Roy convoquant Jean Paulhan, Alfred Jarry, Arthur Rimbaud et Darius Milhaud |
Le Musée Grévin
s. l. [Paris], Éditions de Minuit, Août-Septembre 1943
Un feuillet de 28 x 62,5 cm de papier journal imprimé recto verso et plié en trois au format 28 x 21 cm formant un tract de 6 pp..
Véritable édition originale imprimée sous forme de tract.
Formidable envoi autographe signé de Louis Aragon à Claude Roy et sa première épouse Claire, née Vervin : "L'accolant François la Polaire ce poème que Jean Paulhan à Claude Roy se donna l'air et ainsi de suite un soir où le capitaine Bordure jouait du piano chez Darius Milhaud et Elsa et moi et ainsi de suite mais le capitaine Bordure était un faux et ainsi de suite pauvre Rimbaud avec mes respectueux hommage à Claire et merde pour les j'en paulant Louis".
Marque de plis, fente au pli central du premier volet et marginalement des deux suivant, bordure inférieure effrangée avec manque marginal en pied du second volet. Encadrement à l'encre noire et au crayon rouge des sept dernières strophes du poème.
Très rare avec un envoi significatif aussi tonitruant.
Provenance : Claude Roy et son épouse Claire (envoi)
Poète et patriote fervent, issu de la droite maurassienne dont il se départira rapidement, Claude Roy (1915-1997) publie son premier poème en 1940 dans Poésie 40 revue dirigée par Pierre Seghers. Sa rencontre avec Louis Aragon est déterminante, celui-ci le faisant intégrer la résistance littéraire « semi-légale », participer au réseau « Les Étoiles » puis aux réunions constitutives du Comité national des écrivains (CNÉ) de la Zone sud (été 1943) avant de rejoindre les rangs du parti communiste, diffusant à Paris l’Humanité clandestine et assistant Claude Morgan pour la conception des Lettres françaises clandestines.
Il participe à la libération de Paris, qui nourrira son livre-reportage Les yeux ouverts dans Paris insurgé et suit l’avancée des troupes alliées jusqu’en Allemagne, en tant que correspondant de guerre pour le quotidien Front national. La libération du camp de Bergen-Belsen le marque durablement.
Après-guerre, c'est à Claude Roy que Pierre Seghers confie la rédaction de l'essai ouvrant l'anthologie publiée en juillet 1945 dans la célèbre collection « Poètes d'aujourd'hui » dans laquelle sont reprises les trente dernières strophes du Musée Grévin (pp. 123 à 128).
Claude Roy y affirme qu' « il est bien certain que le final du Musée Grévin, que Le conseil des cent villages, que la Plainte pour le grand descort de France (malgré quelques afféteries), que Richard II Quarante vont déjà rejoindre dans la mémoire collective des Français les accents les plus purs de Charles d'Orléans ou d'Hugo en exil, de Marceline Desbordes-Valmore ou de certains poèmes de Ronsard ».
Le Musée Grévin est le premier des trois tracts publiés par les Éditions de Minuit pour satisfaire ceux des auteurs, généralement communistes, qui voulaient rompre avec la tradition bibliophile de Vercors.
C'est dans ce poème que l'on trouve l'une des premières mentions du camp d'Auschwitz, dont l'existence venait d'être révélée à Aragon par un évadé, durant l'été 1943 : "Aux confins de Pologne, existe une géhenne / Dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. / Ausschwitz ! (sic) Ausschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! / Ici l'on vit, ici l'on meurt à petit feu. / On appelle cela l'exécution lente. / Une part de nos cœurs y périt peu à peu". (Vignes, Bibliographie des Editions de Minuit, n° 8)
3 000 €
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