BONNARD (Pierre) & TERRASSE (Claude)

Petit solfège illustré

Paris, Ancienne maison Quantin, Librairies-imprimeries réunies, 1893

28,7 x 21,3 cm à l'italienne, cartonnage éditeur, couverture brun-rosé illustrée sur les plats de lithographies de Pierre Bonnard, dos toilé, 2 ff. blancs, titre, 30 pp., 2 ff. blancs

Édition originale.

Rare exemplaire de premier tirage (pas de grand papier) dont la couverture diffère légèrement de celle des exemplaires, plus courants, comportant une mention de deuxième édition.

Envoi autographe de Pierre Bonnard au peintre Jan Verkade : « A John Verkade. Souvenir affectueux. P. Bonnard ». 

On ne connaît, à ce jour, aucun autre exemplaire du Petit solfège dédicacé par Pierre Bonnard. 

Il est ici de surcroît, d’une provenance des plus intéressantes.

Il s’agit de la première illustration importante réalisée par Pierre Bonnard pour un livre.

« La collaboration de l’artiste et du musicien, favorisée par de grandes parentés dans la fantaisie et le lyrisme, s’affirmait par la publication du Petit Solfège conçu dans un format à l’italienne sous couverture brun-rosé. Avec une cocasserie exquise, l’illustrateur a varié la mise en page et les encadrements dont le ton diffère. La Gamme, la Portée, les Intervalles, le Mouvement, etc., sont symbolisés par de petits personnages, dont l’animation comique concourt, avec l’écriture musicale à faire de ce Solfège un chef-d’oeuvre de verve ...  » (Claude Roger-Marx).

Arrivé à Paris en 1891, Jan Verkade est introduit dans les cercles littéraire et artistique par l’intermédiaire de son confrère Meier de Haan. Verkade s’enthousiasme pour Gauguin qu’il rencontre lors de sa soirée d’adieu, alors que le maître du synthétisme s’apprête à partir pour Tahiti. 

C’est alors Paul Sérusier, qui fréquente lui aussi le milieu symboliste, qui l’initie aux théories et recherches des Nabis. Devenus amis, Sérusier lui présente Maurice Denis. 

Surnommé le « nabi obéliscal » en raison de sa stature, Jan Verkade est impressionné par le synthétisme de Gauguin et d’Émile Bernard, et les natures mortes de Cézanne. Une sensibilité que l’on retrouve dans sa peinture, notamment au contact de Sérusier, lui-même alors très proche du synthétisme. 

A l’été 1891, il part pour Pont Aven en compagnie du peintre danois Mogens Ballin, puis pour Huelgoat où ils sont rejoints par Sérusier. Il y réalise des portraits au fusain, y peint des paysages et parle beaucoup de religion avec ses deux amis. Cependant rapidement lassé de Huelgoat qui, selon lui, présente des paysages tellement beaux qu’il n’est pas intéressant de les retoucher, il s’éloigne pour s’installer au Pouldu. Il s’y lie d’amitié avec Maxime Mauffra et Charles Filiger, un peintre mystique qui exerce une influence notoire sur la peinture de Verkade (figures religieuses simplifiées à l’extrême, à la fois très naïves et inspirées du Trecento italien).

15 000 €