JARRY (Alfred)

Ubu roi

Drame en cinq actes en prose restitué en son intégrité tel qu'il a été représenté par les marionnettes du Théâtre des Phynances en 1888

Paris, Mercure de France, 1896

14,8 x 9 cm, plein maroquin prune, dos lisse portant frappés or le nom de l'auteur, le titre, deux fleurons et la date en pied, gidouille dorée au centre de chacun des plat, tête dorée, filet doré sur les coupes, doublure de moire bordeaux sous encadre de maroquin et double filet doré, gardes de moire bordeaux, non rogné, plats de couverture conservés (reliure signée de Laporte), 171 pp., 6 ff. rose (extrait du catalogue de l'éditeur), 2 ff. blancs

Édition originale sur papier d'édition (après 5 ex. sur Japon impérial et 15 ex. sur Hollande).

Mention fictive de deuxième édition, achevé d'imprimer le 11 juin 1896, avec la chouette en page de justification.

Envoi autographe signé de l'auteur : "Exemplaire destiné à glorifier / le seigneur Cazals / A. Jarry".

Illustré de quatre portraits d'Ubu (y compris les reproductions sur les couvertures). Imprimé par Charles Renaudie avec les caractères du Perhinderion, rare revue dirigée par Alfred Jarry et qui ne compta que deux numéros parus en mars et juin 1896.

Bel exemplaire, bien établi en plein maroquin, complet du catalogue éditeur qui manque souvent, légère oxydation de la couverture, dos éclairci.

Provenance : Bibliothèque Frédéric-Auguste Cazals (envoi)

Relieur rémoise, Mme Laporte y établit son atelier en 1941. Emmanuel Peillet, le fondateur du Collège de 'Pataphysique, lui confiait habituellement ses livres à relier.

Peintre, dessinateur, chansonnier, écrivain, Frédéric-Auguste Cazals (1865-1941) fut un ami proche de Paul Verlaine dont il laissa plus de 150 portraits. Cazals fonda en 1888 Le Paris littéraire, revue à laquelle participèrent plusieurs futurs collaborateurs du Mercure de France. C'est probablement par leur intermédiaire que Jarry le rencontra assez rapidement après son installation à Paris.

Le 14 décembre 1893, Cazals et Jarry prennent la défense du théâtre libre en signant tous deux la pétition publiée dans Le Journal, protestant contre l'interdiction de la représentation des Âmes solitaires de Gerhart Hauptmann au Théâtre des Bouffes-du-Nord. La pièce était mise en scène par Aurélien Lugné-Poe, qui venait de fonder le Théâtre de l'Œuvre sur lequel sera créé Ubu roi en décembre 1896. 

En 1902, Alfred Jarry octroya son "Privilège d'Ubu roi" à Frédéric-Auguste Cazals, publié dans son Jardin des ronces par La Plume, dans lequel Jarry lui conférait "la dignité de peintre de chansons".

Cazals fit plusieurs portraits d'Alfred Jarry. Parmi ceux-ci un lavis sur papier daté d'octobre 1897 et qui fut reproduit en frontispice du Moutardier du Pape en 1907 et surtout un portrait à l'huile réalisé en 1902 qu'André Breton acquit ultérieurement et qu'il accrocha à son fameux mur maintenant conservé par le Centre Pompidou.

Pour citer un ami confrère : "Rares sont les envois d'un grand écrivain à l'artiste qui fit son portrait".

Notons pour conclure que Jarry ne donnait pas facilement du seigneur, c'est dire l'estime qu'il portait à son ami Cazals.

6 000 €